La Cloche
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PORTRAIT D’UN SONNEUR : Ibrahim

La Cloche, c’est quoi ? Qu'est-ce que ça apporte ? Pourquoi faire du bénévolat, pourquoi s'engager ? Découvrez notre association à travers le regard de nos ambassadeurs, qui ont été interviewés dans nos huit antennes régionales.

Dans cet article, nous vous présentons un extrait de l'interview originale d’Ibrahim, bénévole à La Cloche Ile-de-France depuis 1 an.

Ibrahim, bénévole à La Cloche
Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Ibrahim, je suis sans-papier. Je réside au 51 boulevard Exelmans avec l’association Aurore depuis le 19 mars 2019.

 

Comment as-tu découvert La Cloche ?

J’ai découvert La Cloche l’année dernière. Ils sont venus dans notre centre d’hébergement pour faire leurs activités. Moi, j’étais dans ma chambre et j’observais par ma fenêtre. Je voyais qu’il faisait des dessins, ils ont fait un barbecue, ils discutaient. C’était beau et j’ai eu envie de les approcher. Je suis descendu et je suis tombé sur Mathilde, la première personne que j’ai rencontrée dans le groupe. On s’est salué et je lui ai demandé ce qu’ils étaient en train de faire. Elle m’a un peu expliqué le principe de l’association La Cloche.

Et là, j’ai dit à Mathilde “Je n’ai pas trop l’habitude d’approcher les gens mais j’ai vu qu’il fallait au moins que je fasse le premier pas, quoi, parce que c’est difficile de se faire des amis, ici. Parce que ici lorsque les gens ne se connaissent pas c’est difficile de créer le lien.” Mais c’est comme si Mathilde savait de quoi je parlais, c’est comme si elle avait déjà entendu ça auparavant. Elle s’est ouverte encore plus. Si je veux, je peux déjà faire partie du groupe, c'est ouvert, c’est comme chez moi, je peux commencer quand je veux, les portes sont grandement ouvertes. C’est comme ça que j’ai rencontré La Cloche.

 

Est-ce que ton expérience en tant que bénévole t’a aidé à aller vers les autres ?

Oui, à travers l’association La Cloche, je me suis fait des amis assez proches. Ce sont des gens avec qui je discute presque tous les jours. On s’appelle, on se fixe des rendez-vous pour se rencontrer. Donc cela m’a d’abord apporté des amitiés. Cela m'a aussi donné un peu de confiance en moi, parce qu'avant je n’arrivais pas à communiquer avec les autres. On vient de cultures différentes, on arrive dans un nouvel environnement, on ne sait pas trop comment les choses se passent. Mais là, ça m’a un peu mis à l’aise. J’arrive à parler avec les gens, le contact devient un peu plus facile et je sais comment m’y prendre maintenant.

 

Quels types d’action as-tu réalisé à La Cloche ?

J’ai participé à des sensibilisations et la radio. Souvent, ils organisent des petites fêtes, ils m’invitent. J’y suis allé plusieurs fois.

 

Ibrahim pendant le tournage de notre opération #PauvreCoaching avec Guillaume Meurice
 Ibrahim pendant le tournage de notre opération #PauvreCoaching avec    Guillaume Meurice

 

En quoi participer aux activités de La Cloche est important pour toi ?

C’est important car tu sens qu’il y a des gens autour de toi, tu sens que si tu as besoin de quelqu’un à qui te confier ou si tu as un petit souci il y aura quelqu’un. Les bénévoles de La Cloche m’ont prouvé ça même pendant le confinement. Pendant le confinement, il y a des bénévoles qui m’appelaient juste pour que l’on discute, que je ne m’ennuie pas. Et parfois, ils m’appelaient pour me dire “écoute si tu as envie de parler à quelqu’un tu peux m'appeler quand tu veux”. Tu sens que tu appartiens à un groupe, tu as une nouvelle famille, ça aide moralement.

 

Pendant le confinement, comment as-tu occupé tes journées ?

Au début, je sortais le matin mais il n’y avait personne dans la cours. Je marchais en écoutant la radio. (...) Après, il y a un ami que j’ai rencontré à La Cloche, que j’ai appelé et c’est devenu une habitude. Tous les jours on s’appelait, on pouvait passer 2 heures au téléphone. Pendant que je marchais, on communiquait.

Un jour, il y a une travailleuse sociale qui a décidé d’organiser une séance de sport pour que les gens ne s’ennuient pas trop dans la cour. A la fin, elle m'a demandé si je pouvais diriger la séance de sport si elle n’était pas là. J’ai bien sûr accepté, ça va m’occuper et j’aime bien ça. Ca a commencé comme ça. Donc à 9h30, on se retrouvait pour faire du sport et beaucoup de gens commençaient à s’y intéresser.

Avant ça, Mathilde m’avait appelé pour participer à une chronique de Radio Bitume. Je n’avais pas beaucoup de temps mais je pouvais envoyer un vocal. J’ai écrit un petit texte, ce n’était pas préparé mais intuitif. J’ai envoyé le vocal qu’elle a fait passer à la radio. Et dans notre association, Marie a écouté, elle était très intéressée et elle m’a demandé si elle pouvait le partager dans le centre. C’est un texte que les gens ont beaucoup aimé. J’étais surpris car je ne l’avais pas préparé, c’était spontané.

Comme on a une bibliothèque, parfois je fouille et je lis un petit livre. Donc il y avait le sport, la lecture, les textes. Je cuisinais beaucoup pendant le confinement, on ne va pas au restaurant, on n’achète pas à manger. Donc pendant tout le confinement je cuisinais beaucoup et je faisais aussi beaucoup de nettoyage dans l’appartement tous les matins, avant le sport.

 

Dans quel but écrivais-tu ?

Je ne suis pas stressé, je ne pense pas à autre chose, je n’ai pas de pensées négatives. Ca m’occupe l’esprit, au lieu de penser au confinement et à mes soucis. Tout ton esprit est concentré sur quelque chose. Moi j’écris pas en réfléchissant, j’écris en fonction de mes émotions et mon état d’âme, j’essaye de retranscrire ça.

 

Depuis le déconfinement tu écris toujours ?

J’ai écrit “le balafon” pour la journée mondiale des réfugiés, le 20 juin (...) J’ai eu l’idée d’écrire un texte qui parle un peu des réfugiés puisque je suis essentiellement avec des réfugiés, des demandeurs d’asile et des sans-papiers. Ils me parlent de beaucoup de choses mais il y en a qui ne parlent pas français. Je me suis dit “Est-ce que je ne peux pas essayer de parler à la place de ces gens là ?”. Je vais écrire un texte. A la veille, Leo, un travailleur social, m’a proposé de faire du piano avec lui. En faisant du piano, en jouant les notes, ça m’a un peu inspiré. En plus, je suis africain et le balafon c’est une sorte de piano africain. Je me disais que maintenant j’étais plus à l’aise, le piano je ne connais pas trop, mais le balafon je peux parler de ça parce que je sais comment les choses se passent. Le lendemain c'était la fête de la musique et j’ai essayé de lier les 2 thèmes.

 

Décris ton expérience à La Cloche en un mot

L’acceptation de l’autre.

 

Peux-tu partager un de tes textes avec nous ?

27.04.2020

L’armée du secours humanitaire

On a compris!

On sait maintenant qui sont les véritables soldats. Sur toute la planète, les médecins et tous les corps médicaux sont montés en première ligne sur le champ de bataille pour faire face à l'ennemi quand la vie de l’être humain a été menacée.

À ne pas confondre avec ces faux soldats féroces qui suppriment des vies, anéantissent des cités et rasent des forêts. Des gens pour qui la vie n’a aucun prix. On les reconnaît facilement avec leur casque en fer sur la tête et portant sur eux de lourdes et violentes mitraillettes prêtes à faire couler le sang.

Non! Pas eux!

Je vous parle de l’armée du secours humanitaire, composée de soldats loyaux dont l’intime conviction est de sauver des vies en détresse. Ils sont identifiables par leur tendresse, portent des blouses blanches, comme des anges, et à leurs mains, des gants légers et doux pour essuyer les larmes qui coulent des yeux des personnes souffrantes.

Je parle de ceux qui repoussent le mal par le bien.

 

---------- La série des portraits des sonneurs, c'est le résultat d'une enquête qualitative menée par La Cloche auprès de ses ambassadeurs sans-domicile, afin d'évaluer l'impact des actions de l'association dans les domaines du faire-ensemble, du changement de regard et du lien social.

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