La Cloche
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À la rencontre des femmes sans domicile

Pour la journée internationale des droits des femmes, ​rendons visibles les invisibles​ ! Profitons de cette occasion pour mettre en lumière celles qu'on voit trop peu, pour ​changer de regard​ et agir​, à son échelle, pour elles.

En France, ​2 personnes sans domicile sur 5 sont des femmes, soit 38% (​Insee 2012​). Pourtant, on les remarque beaucoup moins que les hommes.

Trois bénévoles sans domicile

QUI SONT-ELLES?

 

4 grands profils

4 grands profils B

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les différents facteurs qui peuvent expliquer pourquoi elles se retrouvent en rupture avec leur environnement :

- Facteurs relationnels : statut ou situation familiale - divorce, violence domestique, perte d’un proche.. 

- Facteurs personnels : état de santé, addiction...

- Facteurs institutionnels : mauvaise coordination des intervenants, ruptures en sortie d’institutions, manque de services de base... 

- Facteurs structurels : processus économique, de marché du logement, de protection sociale, de migration – perte d’emploi, expulsion d’un logement, changement de statut administratif, etc.

 

COMPRENDRE

Les femmes sont les premières victimes de la rue. Elles subissent plus durement les violences de la rue que les hommes. Les raisons sont multiples :
- ​La vulnérabilité du corps : ​les femmes sont plus facilement proies aux violences (faites par des personnes avec ou sans domicile).

- ​L'isolement et l'exclusion de la vie sociale ​est plus subie encore du fait de cette vulnérabilité. Les femmes vont s'isoler et opter pour des stratégies de « camouflages ». Dans la rue, pour les femmes, se protéger devient un besoin primaire aussi important que manger ou dormir.

- ​Les problèmes d'hygiènes : ​l'accès à l'hygiène quand on est sans domicile est complexe, et ça l'est encore plus pour les femmes qui ont des besoins particuliers. Selon Le Figaro « 10% d'entre elles prennent le risque d'accéder aux bains-douches municipaux »​ (2018), car ces lieux sont mixtes. « ​Il y a beaucoup de monde, pas d'intimité et parfois de la violence, donc les femmes n'y vont pas​ » (Claire Lajeunie, réalisatrice).

 


​INTERVIEWS CROISÉS DE NOS AMBASSADRICES

3 femmes sans domicile, bénévoles au sein de notre association, ont accepté de répondre à nos questions.

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Les femmes sans domicile sont beaucoup moins visibles, comment l'expliques-tu ?

Adélaïde​ : Les femmes sont plus cachées pour des questions de sécurité, elles peuvent être violées la nuit si elles sont visibles.

Véronique​ : Il vaut mieux qu'elles se cachent ! Je ne dis pas l'endroit où je dors pour ne pas être embêtée la nuit.

Sylvie​ : ​Les femmes sont moins visibles pour ceux qui ne savent ou ne veulent pas les voir. Par définition elles sont plus vulnérables, elles vont d'endroit en endroit, se déplacent comme des voyageuses, vont dans des parkings pour passer la nuit et trouvent toujours un moyen pour s'abriter et se dissimuler la nuit. La journée, elles ont des comportements plus discrets et font plus attention à elles donc on n'a pas forcément l'impression qu'elles sont à la rue.

Une journée-type quand on est une femme à la rue ?

Adélaïde​ ​: Moi je dors dans un foyer, et pour ne pas me sentir seule et pour me changer les idées, je suis bénévole partout : au Secours Populaire, dans un vestiaire, à La Cloche. Et même quelques fois quand je rentre de mes missions de bénévolat, je suis si fatiguée que je dors sans dîner.

Véronique​ : Petit-déjeuner Emmaüs, affaires déposées à La Bagagerie, et aller prendre des cours d'informatique à Emmaus ou aller travailler, faire le ménage chez les commerçants ou autre.

Sylvie​ : Il n'y a pas vraiment de journée type, mais j'allais dans les parcs, pas trop loin des toilettes. Quand il pleut : prendre le tram et aller du terminus au terminus. Aller à la bibliothèque en attendant la réouverture du centre.

Une anecdote à partager sur le monde de la rue ?

Adélaïde​ : ​Dans le foyer de femmes, il y a beaucoup de solidarité : on se fait des tresses entre nous, moi je peux faire des retouches de vêtements, on se prête même quelques fois de l’argent.

Véronique​ : Je n’ai pas d'horaire, c'est pas l'anarchie mais la liberté. J'ai même rencontré un artiste qui garde mes affaires !

Sylvie​ : A force d'errer dans la rue, tu fréquentes toujours les mêmes endroits, tu as des points d'ancrage. Et quand tu fréquentes les mêmes quartiers tu finis par devenir visible. Puis au bout d'un moment, tu fais des rencontres, un commerçant m'a proposé un café. Encore aujourd'hui quand je me promène, les gens me reconnaissent, me disent bonjour...

Y a t-il une femme célèbre (ou pas) que tu admires ?

Adélaïde​ : ​Céline Dion car j'aime bien sa tête.

Véronique​ : ​Simone Weil, qui est revenue des camps de déportés en même temps que mon arrière grand-père.

Sylvie​ : Beaucoup de femmes : Simone Veil, Rosa Park, Jane Goodall et sa philosophie : « ​Chacun a sa part de responsabilité dans le monde et il faut prendre conscience du pouvoir personnel et de la responsabilité individuelle de chacun​ ».

​Un cliché que tu en as marre d'entendre ?  

Adélaïde​ : ​Que les personnes sans domicile ne veulent pas travailler, alors que certaines aimeraient mais n'ont tout simplement pas le droit.

Véronique​ : Le mot « clocharde ».

Sylvie​ :​ « Les SDF sont alcooliques et ont toujours des addictions »

Des conseils aux citoyens​ ​pour agir auprès des personnes sans domicile ?

Adélaïde​ : ​Ne pas avoir de préjugés et les voir comme des personnes qui sont comme tout le monde.

Véronique​ : ​Leur donner de l'eau parce que sans eau on meurt dans la rue.

Sylvie​ ​: Il faut se détacher des clichés sur les personnes à la rue, ne pas avoir des idées préconçues, se rapprocher du monde associatif et ne pas hésiter à faire des maraudes. Prendre une journée et regarder ce qui t'entoure réellement, se poser, discuter avec les personnes, faire un sourire et dire bonjour.

 


VOUS ÊTES SANS DOMICILE ET AVEZ UN BESOIN ?

Des commerçants du réseau Le Carillon offrent des bons pour des produits d’hygiènes, mais aussi un accès aux toilettes, à une table à langer ou un espace pour allaiter. Pour savoir lesquels en font partie, découvrez les commerçants solidaires du Carillon​.

commerçante offrant des produits hygiéniques

 

ZOOM SUR UNE INITIATIVE QUI AGIT AUPRÈS DES FEMMES:

Joséphine beauté​ est une association qui propose des soins de beauté et de bien être pour les femmes en situation de précarité. En prenant soin d'elles, ces femmes regagnent confiance, ce qui les aident à se réinsérer dans la société.

 

EN SAVOIR PLUS

Pour en savoir plus sur ce sujet, nous vous invitons à :

Re(découvrir) :

- Les Invisibles de Louis-Julien Petit, un film engagé sur les femmes sans domicile.

- L'interview de Louis-Julien Petit et de l'actrice Corinne Masiero.

Le​ ​rapport de l'association ADSF​  sur la santé des femmes en précarité.

- L'intervention de Claire Lajeunie pour un TEDx​ : auteure du livre « Sur la route des invisibles : Femmes dans la rue »

 

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