La Cloche
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Emploi et logement : l'oeuf ou la poule ?

« Les SDF n’ont qu’à travailler pour s’en sortir ».

Encore un beau cliché à dégommer !

Nos bénévoles avec et sans domicile ont récolté informations et témoignages pour vous aider à mieux comprendre pourquoi ce n’est pas si simple !

Le saviez-vous ? Selon une étude réalisée par l’INSEE en 2014, près d’un quart des personnes sans-domicile possèdent un emploi. Et contrairement aux idées reçues, travailler ne garantit pas l’accès au logement.

 

Avec ou sans domicile, travail rémunéré ou bénévole, on a tous besoin de se sentir utile.

Le témoignage de Véronique, sans domicile basée dans le 12ème arrondissement de Paris, est très éloquent :

« J’ai 47 ans, je cumule deux CDI, et pourtant, je me réveille tous les jours à 6h du matin dans un couloir de la gare de Lyon ou sur un siège de bus de nuit. Je traverse le 12e arrondissement pour aller faire ma toilette aux bains douche municipaux (...). Une heure et demi de RER plus tard, j’arrive au boulot avec mon gros sac à dos que je trimballe partout. Auxiliaire de vie, j’aide les personnes en situation de dépendance... à domicile.

Entre les visites, j’essaie de trouver le temps et l’énergie pour faire les démarches administratives. Toutes les assistantes sociales me disent qu’en tant que femme qui travaille, je devrais avoir accès à une solution d’hébergement rapidement.

Ça fait cinq mois que cela dure. Alors pourquoi je me fatigue à travailler, si cela ne me permet pas de vivre décemment ? En fait, je pense que cela m’aide à ne pas baisser les bras. Le fait de savoir que mes petites mamies comptent sur moi, c’est ce qui me fait tenir. Et puis, à leurs yeux et à ceux de mes collègues, je ne suis pas une "SDF".

Je garde ainsi la tête haute. (...) »

 

Quelques chiffres anti-clichés
                     Quelques chiffres anti-clichés

 

Comme le démontre son témoignage, (re)trouver un emploi ou le conserver lorsqu’on n’a pas de chez soi est un véritable parcours du combattant. Il y a les démarches administratives pour « ouvrir un compte, obtenir une domiciliation, fournir une pièce d’identité, un numéro de sécurité sociale, une assurance maladie... » liste Christian, sans domicile basé à Paris. Il faut pouvoir se déplacer, « Mais avec quel argent ? » nous rappelle Ludo, sans-abri basé à Paris.

 

Une fois la paperasse réglée, il faut s’organiser : « Où laisser mes affaires ? Où faire ma toilette ? Comment accéder aux aides comme la distribution alimentaire, ou à l’hébergement du 115, alors que mes horaires de travail ne me permettent pas de m’y rendre ? » Laurent, ambassadeur au Carillon.

 

Pour celles et ceux qui ont longtemps été éloignés du monde du travail, c’est aussi dur de s’y remettre. Pas par fainéantise, mais parce que réussir à suivre un planning et des règles ou encore rendre des comptes est loin d’être simple. Et trop souvent, on ne peut pas compter sur le soutien moral de la famille, des amis ou des nouveaux collègues, soit parce qu’on n’a pas de contact, soit par peur du regard des autres : « Personne ne connaît ma situation, je dis que tout va bien », confie Véronique.

 

Pourtant, le travail tient une place primordiale dans notre société. Au-delà de l’aspect financier, il satisfait des besoins de reconnaissance et d’affiliation sociale. C’est d’ailleurs davantage cette motivation qui prime

« Quand on demande aux personnes en situation de précarité leur avis sur le revenu universel, elles préfèrent travailler. » — Claire Hedon, présidente d'ATD Quart Monde

 

Alors, pour pallier aux difficultés citées plus haut, des alternatives sont créées. Le Dispositif Premières Heures (DPH) permet de reprendre une activité selon un rythme progressif, d’une à seize heures par semaine. C’est grâce à ce dispositif que nous proposons à 8 personnes par an de reprendre une activité au sein de notre biscuiterie gourmande et solidaire "La Cloche à Biscuits".

 

Antoine, encadrant au sein de l’association Carton Plein, souligne l’importance d’une main sur l’épaule. Des mots comme « tu as l’air en forme en forme aujourd’hui », ou « viens, on va faire une petite pause ensemble » veulent dire beaucoup pour ces employés au parcours de vie accidenté. Le but de ces projets est donc dans un premier temps de redonner confiance. Et ça fonctionne ! Chez Emmaüs Défi, sur 10 personnes en DPH, 9 intègrent ensuite un Contrat Unique d’Insertion (CUI) de 26 heures hebdomadaires.

Yousif et Samiha
                  Yousif et Samiha, tous deux arrivés fin 2018, dans les cuisines et pendant une vente animée
 
« Travailler à La Cloche à Biscuits m’apporte beaucoup de choses, beaucoup plus de relations, j’ai tissé des liens avec de nouvelles personnes, je suis un homme universel, j’adore ça. Ça me fait plaisir de rencontrer de nouvelles personnes et d’échanger avec elles. »
-- André, salarié en insertion à la Cloche à Biscuits, Association La Cloche
Le bonheur au travail

 

Cette nécessité de « s’insérer » par le travail continue d’exclure de la société les plus précarisés. Et si c’était à la société de s’adapter aux personnes fragiles et non l’inverse ? En tout cas, au vu du nombre de citoyens engagés, prêts à changer leur regard et aller vers les autres pour leur proposer des alternatives adaptées, nous, on a envie d’être optimistes !

Pour en savoir plus sur un des multiples dispositifs d’insertion par le travail existant, on vous invite à découvrir notre article sur La Cloche à Biscuits, la biscuiterie solidaire portée par notre association, et les portraits des biscuitiers qui travaillent avec nous.

 
Changer de regard, c’est déjà agir dans la lutte contre la grande exclusion ! On compte sur vous pour partager ces infos autour de vous les sonneurs ! ;)

 

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